Depuis le 28 juin 2025, la directive européenne sur l’accessibilité (European Accessibility Act, EAA) impose que les terminaux de paiement et les bornes interactives qu’elle couvre soient utilisables par les personnes handicapées. Ce guide explique quelles installations entrent dans son champ, quels critères techniques s’appliquent (EN 301 549, WCAG 2.1), comment intégrer l’accessibilité aux achats, aux contenus et aux tests, et ce que cela implique pour les projets en Suisse.
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Points clés
- Près d’un quart des personnes de 16 ans et plus dans l’UE (23,9 % en 2024 selon Eurostat) ont une limitation durable de leurs activités habituelles due à un problème de santé
- Depuis le 28 juin 2025, la directive européenne sur l’accessibilité (directive (UE) 2019/882) s’applique aux produits et services qu’elle énumère ; pour l’affichage dynamique, il s’agit surtout des terminaux de paiement et des bornes interactives dédiées à des services couverts, comme le transport de voyageurs ou la banque
- La directive ne cite aucune norme ; la norme européenne EN 301 549 fournit des critères vérifiables et reprend les WCAG 2.1 niveau AA, dont des rapports de contraste de 4,5:1 pour le texte standard et de 3:1 pour le texte de grande taille
- Les États membres peuvent autoriser les bornes et automates utilisés légalement avant le 28 juin 2025 à rester en service jusqu’à la fin de leur vie économique, mais au plus 20 ans après leur mise en service
L’accessibilité concerne un large public : selon Eurostat, 23,9 % des personnes de 16 ans et plus dans l’UE avaient en 2024 une limitation durable de leurs activités habituelles due à un problème de santé. Comprendre ces exigences ne relève donc pas seulement de la conformité réglementaire ; il s’agit d’une communication visuelle qui s’adresse à tous.
Comprendre la directive européenne sur l’accessibilité
La directive européenne sur l’accessibilité (directive (UE) 2019/882) harmonise dans tous les États membres les exigences d’accessibilité applicables à certains produits et services. Elle s’applique depuis le 28 juin 2025 aux produits qu’elle énumère mis sur le marché après cette date et aux services qu’elle énumère fournis aux consommateurs. Elle ne couvre pas tous les écrans : ses produits comprennent les terminaux de paiement et, lorsqu’ils sont dédiés aux services couverts, les guichets automatiques bancaires, les distributeurs de titres de transport, les bornes d’enregistrement et les bornes interactives d’information ; ses services comprennent le transport de voyageurs, les services bancaires aux consommateurs et le commerce électronique.
Pour l’affichage dynamique, cela signifie qu’une borne interactive qui vend des titres de transport, gère l’enregistrement ou fournit des informations de transport entre dans le champ de la directive, alors qu’un écran qui se contente de diffuser du contenu n’y entre généralement pas : pour l’information sur les transports, la directive limite les écrans d’information aux écrans interactifs. Lorsqu’une borne est couverte, les exigences portent sur tout ce que l’utilisateur manipule : le matériel, l’interface et le logiciel, et les informations présentées. Les microentreprises qui fournissent des services, au sens de la directive, en sont exemptées.
Point important : les équipements existants ne sont pas concernés du jour au lendemain. Les États membres doivent prévoir une période de transition jusqu’au 28 juin 2030, pendant laquelle les prestataires de services peuvent continuer à utiliser les produits qu’ils utilisaient déjà légalement pour fournir des services similaires. Ils peuvent aussi autoriser les bornes et automates utilisés légalement par des prestataires de services avant le 28 juin 2025 à rester en service jusqu’à la fin de leur vie économique, mais au plus 20 ans après leur mise en service (article 32). Les bornes couvertes mises sur le marché depuis le 28 juin 2025 doivent être conformes dès le départ.
Normes techniques et exigences
La directive fixe des exigences fonctionnelles dans son annexe I, mais ne cite aucune norme. La norme européenne EN 301 549 (exigences d’accessibilité des produits et services TIC) fournit des critères vérifiables et reprend, pour les contenus web, les critères de succès des Règles pour l’accessibilité des contenus Web (WCAG 2.1) au niveau AA. Pour l’affichage dynamique, ces exigences se traduisent en critères concrets dans plusieurs domaines.
L’accessibilité visuelle commence par le contraste : les WCAG 2.1 niveau AA exigent au moins 4,5:1 pour le texte standard et 3:1 pour le texte de grande taille. La directive demande un agrandissement, une luminosité et un contraste réglables, la compatibilité avec les technologies d’assistance comme les lecteurs d’écran et, sur les bornes, une synthèse vocale. Le choix des polices compte aussi : des polices très lisibles, dont certaines conçues spécialement pour les personnes malvoyantes, sont une bonne pratique pour un affichage accessible.
L’accessibilité physique part d’un constat : les personnes en fauteuil roulant et les personnes à mobilité réduite doivent pouvoir utiliser les bornes de manière autonome. La directive demande d’éviter les modes d’utilisation qui obligent à tendre loin le bras ou à forcer, et d’offrir des alternatives aux gestes de précision. Pour les équipements fixes comme les bornes, la norme EN 301 549 fixe des zones d’atteinte : en accès frontal dégagé, au moins une commande de chaque type doit se trouver entre 380 mm et 1’220 mm du sol, et l’écran doit être lisible depuis un point situé à 1’015 mm du sol, le point de vue d’une personne assise en fauteuil roulant. Un écran tactile seul ne suffit pas : la directive exige des alternatives aux éléments visuels, sonores, vocaux et tactiles, par exemple un clavier à touches associé à une sortie audio.
L’accessibilité auditive fonctionne dans les deux sens : le contenu visuel demande des alternatives audio, et le contenu audio des alternatives visuelles. Les vidéos ont besoin de sous-titres, et les annonces sonores un affichage visuel correspondant. Les bornes doivent permettre l’usage d’un casque personnel, qui rend aussi la sortie vocale discrète, et, lorsqu’elles utilisent le son, être compatibles avec les aides auditives comme les appareils auditifs et les implants cochléaires.
L’accessibilité cognitive impose des structures d’interface claires et logiques, avec une navigation cohérente. Les informations doivent être présentées de manière compréhensible, les processus complexes découpés en étapes simples. La directive exige aussi un temps d’interaction suffisant et modulable : lorsqu’une borne attend une réponse en temps limité, elle doit prévenir l’utilisateur par plus d’un canal sensoriel et permettre de prolonger ce temps.
Mise en œuvre selon les catégories d’affichage dynamique
Les différents types d’installations d’affichage dynamique posent des défis d’accessibilité distincts, qui demandent des approches adaptées.
Les bornes interactives et les systèmes d’orientation sont soumis aux exigences les plus strictes, car les utilisateurs interagissent directement avec eux pour accomplir une tâche ; les bornes dédiées à des services couverts, comme la billetterie ou l’enregistrement, relèvent directement de l’EAA. Le matériel doit répondre à divers besoins physiques : commandes à portée depuis un fauteuil roulant, espace de manœuvre suffisant devant la borne et repères tactiles permettant aux personnes aveugles de localiser l’interface. Le logiciel devrait proposer plusieurs modes de saisie pour les mêmes fonctions, par exemple écran tactile, boutons physiques et commande vocale. Notre guide d’achat des totems interactifs détaille les autres points à vérifier pour choisir des totems et bornes interactives.
Les écrans d’information qui affichent horaires, répertoires ou annonces sont généralement hors du champ de l’EAA lorsqu’ils ne sont pas interactifs, mais les mêmes principes gardent leur contenu perceptible dans toutes les conditions visuelles : réglage automatique de la luminosité selon l’éclairage ambiant, temps d’affichage suffisant pour le texte et animations utilisées avec mesure pour ne pas déclencher de crises photosensibles. Une information essentielle ne doit jamais reposer sur la seule couleur. Ces principes valent aussi pour les écrans d’information publique des projets Smart City.
Les menus digitaux et l’affichage en magasin requièrent une attention particulière à la taille du texte et au contraste. Les calculs de distance de lecture qui déterminent la taille des caractères devraient tenir compte des personnes ayant une déficience visuelle modérée, ce qui revient en pratique à un texte plus grand que les minimums de lisibilité usuels. Au moment de choisir un écran, vérifiez que son pixel pitch est assez fin pour un texte net et que la résolution permet les grandes polices nécessaires à l’accessibilité. Des codes QR renvoyant vers une version mobile accessible offrent une alternative utile aux personnes qui ne peuvent pas lire un écran éloigné.
Les écrans de communication interne réservés aux collaborateurs, comme les afficheurs de salles de réunion et les écrans d’information interne, ne figurent pas parmi les produits et services énumérés par l’EAA. Y appliquer les mêmes principes reste une bonne pratique, pour que chaque collaborateur puisse les utiliser.
Intégrer l’accessibilité dans les achats
Les organisations qui déploient de l’affichage dynamique devraient intégrer les exigences d’accessibilité dans leurs processus d’achat. Les contrats fournisseurs devraient exiger explicitement la conformité aux clauses pertinentes de la norme EN 301 549, avec des mécanismes de vérification et des clauses de mise en conformité en cas d’écart.
L’appel d’offres devrait détailler les exigences d’accessibilité plutôt que de simplement mentionner la « conformité EAA » : spécifications matérielles pour l’accessibilité physique, compatibilité logicielle avec les technologies d’assistance et fonctions du système de gestion de contenu qui facilitent la création de contenus accessibles.
Les critères de choix des fournisseurs devraient inclure une expertise démontrée en accessibilité, des références de déploiements accessibles comparables et un engagement à maintenir l’accessibilité par les mises à jour logicielles et les contrats de maintenance.
Bonnes pratiques pour le contenu accessible
La conformité du matériel et du logiciel ne suffit pas à rendre un affichage dynamique accessible. Le contenu affiché doit lui aussi respecter les critères d’accessibilité, ce qui demande une attention continue pendant toute la vie du système.
Le texte doit être dimensionné pour la distance de lecture : une règle empirique courante prévoit environ 25 mm de hauteur de lettre par 3 m de distance, et davantage pour les personnes malvoyantes. L’interlignage, l’espacement des mots et l’alignement influencent tous la lisibilité pour les personnes ayant une déficience visuelle ou cognitive.
Le contenu visuel ne doit jamais transmettre une information essentielle par la seule couleur. Les icônes doivent être accompagnées d’un libellé, et les infographies d’une alternative textuelle qui en explique le sens. Les vidéos sonores ont besoin de sous-titres, et les contenus clignotants susceptibles de provoquer des crises doivent être évités.
Les contenus en temps réel issus de flux de données posent un problème particulier, car une information qui change sans cesse ne peut pas être vérifiée à la main. Le système devrait appliquer des règles de validation pour que le contenu entrant respecte les critères d’accessibilité avant affichage, avec un message de repli lorsque ce n’est pas le cas.
L’accessibilité multilingue ajoute de la complexité aux déploiements internationaux. Chaque version linguistique doit faire l’objet de sa propre vérification, et le mécanisme de changement de langue doit lui-même être accessible.
Tests et validation
L’accessibilité ne peut pas être vérifiée par les seuls outils automatisés. Les tests logiciels détectent de nombreux problèmes de conformité technique, mais une accessibilité réelle exige une validation avec des personnes handicapées.
Les tests utilisateurs devraient réunir des participants présentant les handicaps pertinents pour l’affichage dynamique : personnes aveugles et malvoyantes, personnes en fauteuil roulant, personnes ayant des troubles moteurs qui gênent les gestes fins, et personnes ayant des troubles cognitifs qui affectent la lecture et la compréhension.
Les protocoles de test devraient couvrir tout le parcours de l’utilisateur, de l’approche de l’écran jusqu’à la fin de la tâche et au départ. Les conditions ambiantes (éclairage, bruit, contraintes d’espace) doivent reproduire celles du déploiement réel.
Des contrôles réguliers évitent que l’accessibilité se dégrade avec le temps, au fil des changements de contenu, des mises à jour logicielles et de l’usure du matériel. Des audits d’accessibilité planifiés, par exemple trimestriels pour les installations très fréquentées, maintiennent la conformité pendant toute la vie du système.
L’intérêt économique au-delà de la conformité
Si l’EAA fixe des exigences légales, les bénéfices d’un affichage dynamique accessible vont bien au-delà de l’absence de sanctions. Une conception accessible améliore l’utilisation pour tous, pas seulement pour les personnes handicapées : interfaces plus claires, meilleur contraste et navigation plus intuitive profitent aux clients âgés, aux personnes ayant une incapacité temporaire et à toute personne qui utilise un écran dans des conditions difficiles.
L’accessibilité élargit aussi le public qu’un écran peut servir. Le calcul est simple : selon Eurostat, près d’un quart des personnes de 16 ans et plus dans l’UE ont une limitation durable de leurs activités, et cette part augmente fortement avec l’âge.
Une mise en conformité précoce place aussi les organisations en bonne position face à l’évolution des exigences : les normes de référence sont régulièrement mises à jour, et le W3C a publié les WCAG 2.2 en octobre 2023.
Feuille de route de mise en conformité
Pour une organisation qui démarre, une approche par phases maîtrise la complexité sans perdre les échéances de vue.
Phase d’évaluation : auditer les installations existantes au regard des exigences, identifier les écarts, hiérarchiser les corrections selon les calendriers de remplacement et le niveau de risque. Tout nouveau projet intègre l’accessibilité dès la planification : c’est là qu’elle coûte le moins.
Phase achats : mettre à jour les exigences fournisseurs, les modèles de contrat et les critères de réception pour rendre obligatoire la conformité à la norme EN 301 549. C’est ce qui évite de créer de nouvelles dettes d’accessibilité à chaque commande.
Phase de mise en œuvre : traiter les installations non conformes selon leur calendrier de remplacement. Les écrans très fréquentés et ouverts au public passent avant les systèmes internes peu utilisés.
Phase de maintien : gouvernance continue, lignes directrices de contenu, audits réguliers, amélioration continue. L’accessibilité se dégrade si personne ne s’en occupe : un contenu ajouté à la hâte, une mise à jour logicielle ou un capteur de luminosité en panne suffisent.
Écrans LED transparents et accessibilité
Les technologies émergentes comme les écrans LED transparents posent leurs propres questions. Lors du déploiement, vérifiez que la transparence ne compromet pas les exigences de contraste : ce qui se passe derrière l’écran devient une partie du fond, et donc de la lisibilité. Les informations essentielles doivent figurer sur des zones au contraste maîtrisé, pas sur les zones transparentes.
Ce que cela implique en Suisse
La Suisse n’est pas liée par la directive européenne, mais trois facteurs la rendent malgré tout pertinente. D’abord, la loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand), en vigueur depuis 2004, s’applique déjà aux transports publics, y compris à leurs systèmes de communication et à la billetterie, ce qui couvre les automates à billets et l’information voyageurs. Ensuite, une entreprise suisse qui met sur le marché européen des produits couverts par l’EAA, ou qui y fournit des services couverts à des consommateurs, doit s’y conformer. Enfin, les acheteurs peuvent exiger l’accessibilité : un appel d’offres peut imposer la norme EN 301 549 ou les WCAG 2.1 niveau AA même sans obligation légale ; vérifiez donc les critères d’accessibilité de chaque cahier des charges.
Une spécificité suisse mérite l’attention sur les bornes interactives : l’accessibilité doit tenir dans chaque langue proposée. Une borne parfaitement accessible en allemand et inutilisable en français ou en italien manque une grande partie de son public. Et lorsqu’une borne traite des données personnelles, la loi fédérale sur la protection des données (LPD) s’applique aussi : protection des données et accessibilité se conçoivent ensemble, pas l’une après l’autre.
Conclusion
L’accessibilité de l’affichage dynamique est à la fois une exigence réglementaire pour les équipements couverts par l’EAA et un principe de conception inclusive pour tous les autres. La directive européenne sur l’accessibilité fixe des attentes claires pour les bornes et services qu’elle énumère, mais la conformité n’est qu’un point de départ. Les organisations qui intègrent l’accessibilité à leur stratégie d’affichage dynamique, des achats à la création de contenu et à la maintenance, offrent une meilleure expérience à tous les utilisateurs.
L’EAA s’applique depuis le 28 juin 2025 : pour qui déploie des terminaux de paiement ou des bornes interactives dédiées à des services couverts dans l’UE, l’accessibilité est désormais une condition du projet. Pour tous les autres écrans, elle apporte un public plus large, une meilleure satisfaction des utilisateurs et un alignement sur des normes qui évoluent.




